Où sont les financements pour les organisations féministes ?

C’est la question à laquelle répond le tout dernier rapport d’AWID. Entre 2021 et 2023, 1 174 organisations féministes et de défense des droits des femmes dans 128 pays ont partagé leurs réalités en répondant à l’enquête « Où est l’argent pour les organisations féministes ? ». Leur message est clair : les financements qui soutiennent leurs luttes se font de plus en plus rares.

Quand les organisations féministes se heurtent à un plafond de verre budgétaire

Les données de l’enquête mettent en lumière la persistance d’un plafond de verre budgétaire. En 2023, le budget annuel médian des organisations féministes s’élevait à seulement 22 000 dollars. Près de six organisations sur dix fonctionnent avec moins de 30 000 dollars par an et près d’un tiers avec 5 000 dollars ou moins. Certaines n’ont même aucun budget, faute d’accès à des fonds ou par volonté de préserver leur indépendance vis-à-vis des financeurs institutionnels.

Seules 15 % des organisations interrogées déclarent disposer d’un budget suffisant pour mener à bien leurs actions. 83 % estiment que le manque de financements externes freine la réalisation de leurs objectifs stratégiques.

Les écarts sont particulièrement marqués entre régions. Les organisations du Sud Global demeurent largement sous-financées par rapport à celles du Nord. Au sein même du mouvement féministe, les disparités persistent : les structures locales et nationales sont les plus fragilisées, plus de 80 % d’entre elles déclarent manquer de ressources.

Cette fracture révèle un enjeu central : la nécessité de penser la répartition des ressources non seulement en fonction de la taille des organisations, mais surtout selon ce dont chacune a réellement besoin pour agir et atteindre ses objectifs.

Les organisations féministes s’appuient sur leurs propres ressources

71 % des organisations bénéficient de financements externes, souvent issu d’une mosaïque de sources. Aucun bailleur ne couvre plus de 30 % de leur budget total. Les groupes féministes sont contraints de faire preuve d’une créativité forcée : ils multiplient les petits soutiens, mais aussi les démarches administratives qui les accompagnent. Beaucoup génèrent leurs propres ressources, matérielles ou immatérielles, hors des circuits institutionnels, principalement via le bénévolat et les cotisations des membres.

Derrière les chiffres, une autre réalité se dessine : celle des organisations non enregistrées, souvent les plus vulnérables et les plus marginalisées. 17 % des organisations répondantes à l’enquête d’AWID ne sont pas officiellement enregistrées, par choix stratégique ou parce que le contexte politique rend la procédure coûteuse, risquée, voire impossible. Dans de nombreux pays, l’enregistrement expose à la surveillance ou à la répression des autorités. L’absence de statut légal leur interdit de prétendre à la plupart des opportunités de financement : 57 % d’entre elles disposent d’un budget annuel inférieur à 5 000 dollars, et près d’un tiers n’a tout simplement aucun budget.

Face à ces obstacles, les fonds féministes et quelques bailleurs se distinguent : ils soutiennent les groupes là où ils se trouvent, y compris ceux qui opèrent sans structure formelle. C’est notamment le cas de l’Agence Française de Développement dans le cadre du financement de Féministes en Action quia permis de soutenir 25 organisations féministes dépourvues d’existence légale lors de sa première phase.

Soutenir autrement nos mouvements : pistes et leviers pour les organisations féministes

 Pour faire face à des contraintes budgétaires grandissantes, les organisations féministes sont appelées à repenser la manière dont elles fonctionnent pour assurer leur pérennité :

– créer des espaces de réflexion et de solidarité pour imaginer de nouveaux modèles de durabilité afin de favoriser la collaboration entre mouvements et aborder les rapports de pouvoir internes qui freinent parfois la mise en commun des ressources.

– revendiquer pleinement leur place dans la redistribution des fonds publics et philanthropiques. Nouer des alliances stratégiques avec des partenaires partageant leurs valeurs peut contribuer à obtenir des financements plus justes, plus flexibles et mieux adaptés à leurs réalités.

– changer de langage : les ressources ne se limitent pas à l’argent. Le temps, le travail, les savoirs, le soin et les relations sont aussi des formes essentielles de richesse féministe.

➡️ Vous pourrez retrouver l’intégralité du rapport dans l’onglet Ressources de notre site internet. Attention, ce rapport n’est disponible qu’en anglais. Plusieurs outils existent pour faciliter la recherche de fonds que vous pourrez trouver ici.