Le dernier rapport d’ONU Femmes alerte sur une réalité inquiétante : alors que les violences faites aux femmes et aux filles restent massives, les organisations qui les soutiennent voient leurs financements s’effondrer. Entre réduction de l’aide publique au développement, priorités politiques changeantes et montée des mouvements anti-droits, des services essentiels aux femmes se fragilisent et des décennies de progrès sont aujourd’hui menacées. Une crise silencieuse mais dévastatrice.

Les organisations de terrain, piliers essentiels… mais toujours sous-financés
Les violences basées sur le genre sont évitables : c’est ce que démontrent des décennies de données et d’expériences. Pourtant, les organisations qui sont à l’origine des avancées sont les plus négligées par les bailleurs. Ces structures sont pourtant souvent les seules à offrir un soutien concret aux survivantes des violences basées sur le genre (VBG) : hébergements d’urgence, accompagnement psychosocial, aide juridique, espaces sécurisés…
Face aux crises multiples, les bailleurs de fonds ont réorienté leurs priorités vers la sécurité, la défense ou l’aide humanitaire d’urgence, au détriment de la lutte contre les violences faites aux femmes et de l’égalité de genre. Ces choix se traduisent par des coupes budgétaires qui impactent directement les organisations féministes, pourtant déjà structurellement sous-financées : moins de 1 % de l’aide publique au développement dédiée à l’égalité de genre leur est directement destinée, et seuls 4 % de l’aide mondiale visent prioritairement l’égalité.
Selon l’Alliance for Feminist Movements, l’aide publique au développement aurait déjà diminué de 78 milliards de dollars en juin 2025. Plusieurs fondations privées réduisent également leurs financements, laissant certaines organisations au bord de la rupture.
Des services vitaux qui s’effondrent
Les impacts sont immédiats et visibles : la fermeture ou la réduction de services vitaux pour les femmes. Dans de nombreux pays, les refuges ne peuvent plus accueillir toutes les survivantes des VBG. Les consultations psychologiques ou juridiques sont réduites. Les équipes spécialisées (psychologues, conseillères, juristes) sont licenciées faute de moyens.
Près de 90 % des organisations interrogées par ONU Femmes constatent une baisse forte voire sévère de l’accès des femmes et des filles aux services essentiels. Derrière ce chiffre, se dessinent des réalités dramatiques : des femmes victimes de violences renvoyées chez leur conjoint ou partenaire agresseur, faute de place en centre d’hébergement, des procédures judiciaires abandonnées, des femmes isolées et sans soutien face aux violences.
Dans les contextes humanitaires, la situation est critique : près d’une organisation sur deux pense devoir fermer d’ici six mois. Pour celles qui continuent, les équipes sont épuisées, les loyers impayés s’accumulent, et la survie même des structures est menacée.
Une mobilisation affaiblie, au moment où elle serait la plus nécessaire
Les coupes budgétaires ne touchent pas uniquement les services : elles étouffent aussi la capacité des organisations à faire bouger les lignes. Un tiers des structures déclare ne plus avoir les moyens de mener des actions de plaidoyer, de suivre les engagements publics ou de documenter les violations. Résultat : moins de pression sur les pouvoirs en place, moins de participation aux débats politiques, moins de données pour alimenter les politiques publiques.
Cette réduction des capacités met également en danger la confiance entre organisations, communautés et bailleurs. Les projets interrompus ou les services brutalement fermés laissent un sentiment d’abandon, sapant des années de travail pour instaurer un climat de sécurité et de fiabilité.
Le constat est clair : le sous-financement des organisations qui luttent contre les violences faites aux femmes constitue un recul historique. Elle sabote des décennies de progrès, freine l’atteinte des Objectifs de Développement Durable (ODD), et laisse des millions de femmes et de filles exposées à davantage d’insécurité, de discrimination et de violence.