Quand le commissariat devient un lieu de violence : le plaidoyer de l’APEF pour les femmes détenues

Trigger warning : cet article fait mention de violences sexistes et sexuelles, y compris sur mineure. Sa lecture peut heurter certaines personnes.

En janvier 2025, une jeune femme de 20 ans a affirmé avoir été violée par un policier alors qu’elle était placée en garde-à-vue dans un poste de police de N’Djamena, la capitale tchadienne. Les examens médicaux réalisés après sa libération ont confirmé les faits dénoncés et le policier mis en cause a été arrêté.

Quelques mois plus tard, en septembre 2025, une mineure de 12 ans a également été victime de viol dans les locaux de la police judiciaire de Moursal, alors qu’elle était détenue à la suite d’une plainte.

Au Tchad, les femmes et les filles placées en garde-à-vue subissent abus sexuels, violences physiques et psychologiques, dans un contexte général d’impunité et d’absence de mécanismes sûrs de plainte.

L’Association pour l’Epanouissement de la Femme (APEF) intervient à la fois sur le terrain social, économique et juridique et, avec le soutien de Féministes en Action, s’engage dans la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) dans les postes de police.

Un contexte d’inégalités qui frappe les femmes d’une double peine

La loi tchadienne encadre pourtant strictement la garde à vue : théoriquement une femme ou une fille placée en garde à vue est protégée. Dans les faits, elle ne l’est pas. Les infrastructures sont largement inadaptées aux besoins des femmes et des filles : cellules réservées aux femmes en nombre insuffisant, absence de latrines séparées et sécurisées, personnel féminin en sous-effectif. L’accès à l’eau potable, aux produits d’hygiène menstruelle et aux soins est déficient.

« J’ai été interpellée et placée en garde à vue au commissariat. N’ayant pas reconnu les faits qui m’étaient reprochés, j’ai demandé à être entendue. Les officiers de police judiciaire ne m’ont pas écoutée et ont préféré m’enfermer dans la cellule des hommes. Ce n’est qu’après la contestation des autres détenus que j’ai été relâchée. »

Témoignage recueilli par le réseau APEF

APEF combat les inégalités juridiques, institutionnelles et sociales qui entravent les droits des femmes et des filles, et cherche à provoquer des changements durables en matière de lois, de politiques publiques, de pratiques institutionnelles et de normes sociales.

Le plaidoyer comme outil transformatif

Afin de mettre en place un changement durable, l’APEF mène des actions de plaidoyer et de sensibilisation auprès des autorités censées assurer la sécurité de la population.

Auprès des autorités judiciaires et de police, le réseau plaide pour le respect strict des délais légaux de garde à vue et l’application effective des textes protégeant les femmes contre les violences et les traitements dégradants, ainsi pour la mise en place de mécanismes de signalement accessibles et de contrôles renforcés dans les lieux de détention.

Concernant les forces de police elles-mêmes, APEF demande davantage de personnel féminin dans les commissariats et les brigades, une formation régulière des Officiers de Police Judiciaire aux droits humains et à l’approche sensible au genre, et une sanction systématique de tout acte de violence commis dans ces lieux de détention.

Auprès des autorités administratives et locales, le plaidoyer d’APEF porte sur l’aménagement de cellules séparées et sécurisées, l’amélioration des infrastructures sanitaires, la mise à disposition de produits d’hygiène essentiels, et une meilleure prise en charge des femmes enceintes et des filles mineures.

 Une clinique juridique pour combler les lacunes législatives

L’action de l’APEF s’étend également au domaine juridique. Pour proposer des réponses concrètes et adaptées au manque de protection des femmes et des filles détenues, l’organisation a mis en place une clinique juridique, ouverte à toute femme survivante de violences basées sur le genre. Cette clinique offre un accompagnement axé sur l’écoute, l’orientation et le soutien psychosocial, avec une orientation vers des services complémentaires quand cela est nécessaire.

Les avocats partenaires suivent chaque dossier qui leur est confié de bout en bout. Ils veillent au respect des délais de garde-à-vue et du droit à un procès équitable pour les femmes et les filles victimes. La clinique d’APEF propose un ensemble de services destinés à protéger les victimes, à faire respecter leurs droits et à leur permettre d’obtenir justice, tout cela gratuitement.

Quand les lieux censés faire respecter la loi et le droit deviennent, dans la pratique, des espaces de violence, il est urgent de renforcer les mécanismes de protection des femmes et des filles placées sous la responsabilité de l’État. Les faits dénoncés par l’APEF, loin de se résumer à de simples statistiques, sont des atteintes graves à la dignité humaine.